Cercle Lyonnais d'Egyptologie Victor Loret

Actualités

Ouverture du Neues Museums de Berlin, 13 octobre 2009


Le buste de Néfertiti à nouveau visible au Neues Museums de Berlin

Le Neues Museum de Berlin a été construit en style néo-classique entre 1843 et 1855, sur les plans de Friedrich August Stüler, un élève de Karl Friedrich Schinkel. Les procédés de construction industriels les plus modernes sont alors utilisés, en particulier une structure de fer nécessaire au sol mouvant de l’Ile des Musées. Bombardé en 1945, il reste en ruines pendant 60 ans.


 

C’est l’architecte britannique David Chipperfield qui en assure la reconstruction achevée en 2009. Il a ajouté au style classique initial une touche de modernité. A l’intérieur, les traces de la décoration gréco-égyptienne et les destructions de la guerre sont conservées dans un espace entièrement restructuré. C’est une réussite unanime largement saluée au moment de l’inauguration.

 

 

 

 

 

 

 

La muséographie est plus discutable, avec deux choix contestables. Primo, le « musée égyptien et la collection de papyrus » sont disséminés et mélangés à d’autres collections. On y trouve la préhistoire et la protohistoire, des antiquités diverses (celtes et moyen-âge) et même les fouilles sur les divers sites de Berlin et de sa région.
Secundo, la présentation des collections se veut postmoderne et artistique. Outre un mélange avec d’autres sociétés et d’autres périodes, elle refuse toute chronologie. Certaines salles exposent des séries à thème, plastique ou matériel. Par exemple les statues debout, les statues assises, etc.

Dans ce capharnaüm on ne trouve pas non plus de présentation véritablement thématique au sens de l’égyptologie et les petits objets si caractéristiques de la civilisation pharaonique sont absents. Ainsi on cherche vainement les oushebtis, à part deux ou trois.
Enfin, il faut encore noter que les collections sont dispersées dans plusieurs bâtiments. L’art copte se trouve au Bode-Museum, avec en outre quelques portraits du Fayoum. L’Egypte romaine est intégrée aux antiquités étrusques et romaines de l’Altes Museum. Plus grave, les colosses et un petit temple non exposés actuellement seront installés ultérieurement dans le Pergamon. Cette dissémination est justifiée par le projet de musée global qui devra un jour réunir les quatre édifices actuels par des souterrains, avec une entrée unique pour l’Ile des Musées.
Il reste que la visite de la collection berlinoise est aujourd’hui décevante, fragmentée, noyée dans le dédale architectural qui prime sur les objets entassés sans hiérarchie ni point de vue égyptologique. C’est dommage, car la collection compte nombre de chef d’œuvres et d’objets rares ou uniques. En particulier pour les riches trouvailles d’Amarna, présentées ici sans mise en perspective. D’où le regret de rester si loin d’une présentation élégante et pédagogique comme celle du Louvre.

"cet article présente le point de vue d'un visiteur récent (JPF)"


Le buste de Néfertiti à Berlin serait un faux, 6 avril 2009


En octobre, si tout va bien, le Neues Museum de Berlin proposera ses nouvelles salles égyptiennes. Les collections auront été déménagées de l'ancien musée de Charlottenburg. Dans un écrin dessiné par l'architecte ­David Chipperfield, le célébrissime buste polychrome de Néfertiti jouera les vedettes. Pas de chance! Pour Henri Stierlin, il s'agit là d'un faux. Le Genevois d'adoption s'en explique dans un petit livre, récemment paru chez Infolio.

«Je dois dire que ce buste m'a toujours dérangé», confie l'écrivain. «Je le trouve kitsch. Un peu Art nouveau, déjà Art déco, il correspond trop à l'esthétique à la mode lors de son exhumation en 1912 par l'archéologue allemand Ludwig Borschardt.» Intrigué, Henri Stierlin s'est penché sur cette sculpture supposée remonter au XIVe siècle av. J.-C. «J'ai trouvé que, des épaules coupées droit à l'œil manquant, tout sortait des normes dans cette œuvre, dont la découverte reste par ailleurs bien obscure.»

© AFP | La Néfertiti de Berlin. Pour Henri Stierlin, il s'agit d'un faux expérimental sculpté en 1912. Le Musée de Berlin, lui, parle d'un original très retouché pour devenir plus séduisant.

Expérience scientifique

Durant un quart de siècle, notre interlocuteur a donc investigué. «Je savais qu'il me faudrait de solides arguments pour aller contre l'admiration générale.» L'homme ne possède aucune preuve matérielle de la supercherie. «Mais c'est impossible! Le buste est fait de plâtre, avec un noyau de pierre. Ces matériaux échappent à l'analyse chronologique. Quant à la peinture, elle est forcément d'époque. Borschardt avait mis au jour un important stock de pigments pharaoniques.»

Avec un faisceau d'indices, Henri Stierlin a fini par reconstituer l'histoire probable de la statue. «Au départ, à mon avis, il n'y a pas malhonnêteté. Borschardt a exhumé d'admirables têtes de Néfertiti. Mais tous restaient lacunaires. Le chercheur a donc demandé au sculpteur restaurateur de sa mission archéologique, qui s'appelle Mark ou Marx, de lui en fabriquer une, en s'appuyant, pour compléter les manques, sur des bas-reliefs existants.» Bref. L'Allemand a agi comme le font aujourd'hui les scientifiques en utilisant l'ordinateur pour reconstituer une œuvre ancienne.

Le grand malentendu

Manque de pot! Débarquent alors sur le Nil des membres de la famille régnante de Saxe. Visite de courtoisie sur le chantier de Tell-el-Amarna. Deux princesses s'extasient sur le buste, qu'elles trouvent sublime. Nul n'ose les détromper. «C'eût été là un crime de lèse-majesté.» L'œuvre sort d'Egypte en 1913, par la valise diplomatique. Il s'agit moins de voler l'œuvre que de l'escamoter. A Berlin, elle ne finit d'ailleurs pas au musée, mais chez le mécène de la campagne archéologique. «C'est sous la pression des amateurs d'art que Borschardt bâcle, en 1923 seulement, un vague rapport sur sa pseudo-découverte.»

C'est maintenant trop tard pour revenir en arrière. La statue entre en fanfare dans les collections publiques. Le grand mensonge commence. Tout pourrait s'arranger en 1930 avec une Egypte s'estimant spoliée. Un échange est prévu. Le buste contre quelques très belles statues. L'accord tombera. «Hitler adorait hélas le buste. Il croyait que Néfertiti était une princesse hittite et par conséquent aryenne.» On sait que l'Egypte réclame aujourd'hui l'œuvre à cor et à cri. Le directeur des antiquités Zahi Hawass multiplie les interventions dans ce sens.

Une vache à lait

Publié discrètement (Je ne voulais pas subir de pressions de Berlin, comme c'eût été le cas avec un ouvrage de luxe annoncé à l'avance), le livre actuel modifiera-t-il le crédit de la statue? Rome n'a jamais déclassé le « Trône Ludovisi», relief grec archaïque dénoncé comme faux par l'expert Federico Zeri. «Je ne le pense pas. Néfertiti est la Joconde de Berlin. Sa vache à lait. Les conservateurs risquent moins de revenir sur leur position que ceux du Louvre. Ils viennent d'accepter la fausseté d'un objet de verre égyptien d'une importance capitale.»

Le hasard faisant bien les choses, le Neues Museum vient de se fendre d'un communiqué. Il admet d'importantes «retouches» au buste. Disparue, la bosse sur le nez. Creusées à la Marlene Dietrich, les deux joues. Néfertiti aurait ainsi été rendue conforme à l'idéal féminin de la première moitié du XXe siècle.

S'agit-il là d'un premier pas?



Au Ramesseum, dans le collège de Pharaon, 10 décembre 2008


L'école du temple de Ramsès II, mise au jour dans le quartier sud du Ramesseum à Louqsor, dévoile un aspect socioculturel de l'institution pharaonique en milieu rural.

Sept cents mètres carrés, c'est la superficie de l'école du temple de Ramsès II, qui a été récemment découverte par la Mission Archéologique Française de Thèbes-Ouest (MAFTO), qui est dirigée par l'égyptologue Christian Leblanc.

Edifice de culte, mais également centre économique et administratif du pouvoir royal, le Ramesseum comprenait des magasins à céréales, à huile, à vin, des ateliers, des cuisines et des boulangeries, des intendances, des services administratifs et bien d'autres officines. « Pour la première fois, les fouilles ont livré non seulement la structure architecturale d'un tel établissement, mais aussi le matériel archéologique qui confirme cette identification », explique Leblanc.

Pour lui, il n'y a aucun doute que d'autres écoles du même type devraient exister dans les différents temples voisins de celui de Ramsès II, mais jusqu'à présent, aucun de ces monuments n'a révélé de structure comparable. « Dans le contexte du Ramesseum, nous savions qu'un établissement avait été réservé à l'enseignement, puisqu'une famille de scribes, contemporaine du règne de Ramsès II, est connue pour y avoir formé de jeunes élèves. Bien plus tard encore, Diodore de Sicile suggérait la présence d'un scriptorium dans ce temple, mais sans doute faisait-il allusion à la structure que nous avons découverte », reprend Leblanc.

La pratique comme moyen d'enseignement

L'école du Ramesseum, implantée non loin du palais royal, est constituée de 17 unités ou cellules de moyennes dimensions, séparées par des cloisons en briques crues estampillées, pour nombre d'entre elles, au nom du « Château de millions d'années de Ramsès II ». Ces petites pièces n'étaient visiblement pas réservées aux élèves, mais plutôt aux professeurs et à quelques apprentis, à qui l'on confiait des exercices de sculpture. Des ostraca figurés en calcaire, retrouvés sur place, semblent en être le témoin. On y remarque la technique de quelques élèves malhabiles qui apprenaient encore leur futur métier de scribe-décorateur. Cependant, ces unités n'étaient pas les seules composantes de l'école du Ramesseum. En avant, se trouvait une vaste esplanade de près de 40 m de long sur 7 m de large, dont le sol, en terre, avait été damé. C'est dans cet espace, sans doute protégé du soleil par des velums, que se rassemblaient les élèves, pour suivre les enseignements dispensés par les professeurs.

« Les cours, qui avaient lieu en plein air, sont ce que l'on va retrouver beaucoup plus tard dans les kottabs », constate Christian Leblanc, pour qui ces écoles pharaoniques constituent sans doute une préfiguration des établissements d'enseignement du monde arabo-musulman. C'est dans ce contexte que pas moins de 250 ostraca hiératiques et hiéroglyphiques ont été jusqu'à présent retrouvés.

Certains sont des exercices d'écriture, des extraits de la Kemyt, un manuel de calligraphie que l'on utilisait couramment depuis le Moyen Empire dans le milieu scolaire, d'autres sont des extraits littéraires ou d'hymnes religieux. La mission a également découvert un ensemble de documents qui confirme incontestablement la vocation des lieux. Il semble que l'on apprenait d'abord à écrire en hiératique, et les élèves plus avancés pouvaient ensuite s'exercer à l'écriture sacrée : un bel ostraca présente un exercice de ce genre et montre les corrections que le professeur pouvait faire au besoin, pour réordonner les proportions ou la disposition des signes les uns par rapport aux autres. Des ostraca suggèrent aussi si certains élèves étaient de vrais débutants dans l'art de l'écriture, dans la gravure ou dans la sculpture, d'autres, en revanche, avaient un réel talent.

Les institutions éducatives de l'époque pharaonique, telle que nous le révèle la découverte effectuée au Ramesseum, semblent préfigurer les structures scolaires que l'on retrouvera plus tard dans le monde arabo-musulman.

« Leur conception comme leurs méthodes ont probablement servi de cadre aux madaress, ces prestigieux collèges-mosquées du Caire (Al-Azhar), de Tanta, de Dessouq, de Damiette ou d'Alexandrie, longtemps réputés en raison de la qualité des enseignements que d'éminents maîtres y dispensaient en théologie, en mathématiques, en philosophie, en langues étrangères, en géographie, voire en médecine. L'organisation de tels établissements, qui incluaient dans leur enceinte une maison des lettres (Dar al-oloum), une maison de livres (bibliothèque ou Dar al-kotob) et une école coranique (kottab) pour les enfants apprenant à écrire et à lire à partir du Saint Coran, ne peut laisser indifférent quiconque se préoccupe de l'enseignement dans l'Egypte ancienne », estime Christian Leblanc.

Etude et divertissement

« Pour donner aux jeunes élèves un véritable code de vie, on leur donnait à copier et recopier plusieurs fois certaines œuvres littéraires et religieuses fort réputées, comme La satire des métiers, L'enseignement d'Amenemhat Ier à son fils, L'hymne à la crue du Nil ou encore L'hymne à Rê, le dieu solaire », explique Leblanc. Ainsi, parallèlement à leur alphabétisation, ces enfants apprenaient, par de mémorables exemples littéraires, un certain nombre de règles à respecter, en somme une vraie morale qui devait les guider durant toute leur vie.

Mais à l'étude devaient aussi succéder des moments de détente. Lors de la fouille du parvis de l'école, quatorze exemplaires d'un jeu de billes ont été retrouvés. Ces petites billes en silex, au nombre de 5, 6 ou 8 regroupées par ensemble, constituaient un jeu d'adresse. « Il m'a fallu l'aide de l'un de mes meilleurs ouvriers de chantier, Mohamad, pour identifier ce jeu que les habitants de Louqsor connaissent encore sous le nom de bawawah, gabbah ou leabet el-al, assez proche finalement du jeu d'osselets », explique Christian Leblanc.

Ainsi, après de longues heures d'études, les enfants pouvaient s'adonner à quelques divertissements. Sans doute une récréation bien méritée !

Une éducation destinée à l'élite

L'école du Ramesseum était fréquentée surtout par les fils des fonctionnaires en charge du temple, qui pouvaient y recevoir une éducation, et s'y trouvaient de même une minorité d'individus de la population, à noter que le nombre d'enfants alphabétisés n'était certainement pas élevé dans l'ancienne Egypte. Quant aux filles, elles avaient d'autres charges qui les dispensaient de l'école, à quelques exceptions près.

Bien que de nombreuses disciplines y aient été enseignées, l'école préparait surtout au métier de scribe, perçu comme le meilleur métier, ainsi que le rappelle la fameuse Satire des métiers.

Quant aux professeurs de l'école du Ramesseum, il s'agissait de fonctionnaires dont l'activité s'exerçait au sein du temple. On sait qu'un certain Samout était en charge de cet établissement à l'époque de Ramsès II. Son fils, Amenouahsou, dont la tombe se trouve dans la nécropole du Cheikh Abdel-Gournah, en hérita avant de la transmettre à son fils, Didya, qui, lui-même, devait la transmettre plus tard encore à Khaemipet, son propre fils. Ainsi, sur plusieurs générations, cette famille exerça le métier de scribe de l'école du Ramesseum, institution d'enseignement sans doute dans la lignée de ces « Maisons de vie » provinciales, voire rurales, attestées par les textes depuis les plus lointaines dynasties, et dans lesquelles était surtout assuré un apprentissage professionnel, dont bénéficiaient les fils des élites, recrutés ensuite, selon les besoins, par l'administration royale.

Article de Doaa Elhami
Publié dans Al-Ahhram Hebdo , numéro 744, semaine du 10 au 16 décembre 2008.
Avec l'aimable autorisation de Monsieur le rédacteur en chef Mohamed Salmany.
Site consultable à l'adresse : http://hebdo.ahram.org.eg



Mort du cinéaste Youssef Chahine, 27 juillet 2008


Le cinéaste Youssef Chahine est décédé à l'age de 82 ans dans la banlieue du Caire. Le grand cinéaste égyptien était l'auteur de plus d'une vingtaine de films, pour la plupart distribués en France.

Il faut surtout retenir Gare centrale, portraits des petites gens du Caire (1958) ; Saladin , superproduction sur les croisades (1963) ; La terre , film social et engagé (1969) ; Le moineau , dans la même veine sociale (1973) ; Alexandrie, pourquoi ? premier volet d'une trilogie autobiographique (1978) ; Adieu Bonaparte , sur la fameuse expédition d'Egypte (1985) ; Le sixième jour , interprété par Dalida (1986) ; Alexandrie, encore et toujours (1990) ; L'émigré, très controversé en Egypte (1994) ; ou encore Le destin, sur le philosophe musulman andalous Averroes en lutte contre l'intégrisme (1997) ; et enfin Alexandrie New York (2004).

Né à le 25 janvier 1926 à Alexandrie, dans une famille chrétienne d'origine levantine et égyptienne, Youssef Chahine était par excellence le brillant représentant de cette ville-monde à la culture cosmopolite maintenant disparue.

Après une scolarité chez les frères jésuites francophones de l'institut Saint-Marc, puis des études supérieures à l'université de la ville, il part très jeune à Hollywood, pour étudier l'art dramatique et les techniques du cinéma. Il y acquiert les bases solides qui marquent toute son œuvre : le découpage préalable au tournage dessiné sur des carnets de croquis, le cadre rigoureux de l'image, la fluidité du montage…

Il tourne son premier film à l'âge de 24 ans. Son style laisse voir les influences des cinémas américain, français et italien, à l'image de sa grande culture, véritable synthèse entre des influences musulmanes, méditerranéennes et occidentales. Son œuvre révèle une rare complexité, une grande liberté contre la bêtise et les dogmes de toute obédience et une infatigable insoumission. Elle lui a valu les attaques répétées des intégrismes, la censure et de nombreux procès, sans jamais le faire taire.

Youssef Chahine était aussi un parisien de toujours et il considérait Paris comme sa deuxième patrie après Alexandrie.

© Cercle d'égyptologie Victor Loret - Responsable : Luc Gabolde / Dernière mise à jour : 15/08/2010 - PAO : C. Bon, P. Laberny.