Cercle Lyonnais d'Egyptologie Victor Loret

Fontaines Egyptisantes

Au début du XIXème siècle la ville de Lyon se modernise. Des pompes, amènent l'eau potable dans les quartiers et dans certaines cours d'immeuble. Ces fontaines plus utilitaires que monumentales reçoivent parfois des ornements vaguement pharaoniques.



Le petit obélisque oublié

C'est le cas, entre autres, de la fontaine Saint-Marcel, dessinée par Louis Flacheron en 1809 et qui se trouve adossée au mur du Jardin des Plantes. Puis en 1825, elle déménage pour la place Croix-Paquet. Le monument voyageur disparaît de l'espace public en 1859.

On peut voir aujourd'hui dans la cour d'un immeuble voisin, ce petit obélisque monolithe de calcaire, d'environ deux mètres de haut, sculpté d'un dauphin et d'un trident. Négligé des passants de la rue Burdeau, c'est en fait le seul obélisque non funéraire encore dressé à Lyon.




Les lions de Sathonay

En 1825, la municipalité décore la place Sathonay au moyen de deux fontaines encadrant l'escalier montant au Jardin des plantes. Le projet réalisé par l'architecte Louis Flacheron recourt à deux lions couchés, symétriques mais inversés. Ils assument ici une triple signification : le nom de la ville, l'entrée de la ménagerie alors intégrée au jardin, la mode de l'égyptomanie.
Fabriqués par la Fonderie nationale du Creusot, ces lions en fonte sont les répliques de ceux qui ornaient à Paris la Fontaine de l'Institut : en effet, l’architecte Antoine Vaudoyer avait pris pour modèle les lions érigés en 1788 pour la fontaine des Innocents de Paris, eux-mêmes copie de ceux qui décorent la Fontaine Acqua Felice édifiée à Rome en 1585 ! Le sculpteur lyonnais François Lemot réutilisera ce modèle.
Les lions sont encore en place aujourd'hui et l'eau jaillit toujours de leur gueule, dans deux vasques de marbre rouge. La stylisation, l'impression de puissance tranquille, la pose hiératique et majestueuse des fauves évoquent immédiatement l'art égyptien. Car il s'agit en effet des lions dits de Nectanebo, pharaon de la XXXème dynastie, comme ceux découverts à Rome, dans les années 1430 et devenus les archétypes de l'égyptomanie européenne.




Les sphinges d'Ampère

La dernière fontaine égyptisante du XIX e siècle orne la place Ampère. Un haut piédestal à plan carré porte une remarquable statue assise, en bronze, du célèbre physicien lyonnais. De part et d'autre du monument commémoratif, deux sphinges crachent de l'eau dans deux bassins en pierre. Egypte ou Grèce ? A priori ce couple de chimères en bronze, réalisé par le décorateur lyonnais Charles Breton, n'a pas d'équivalent dans la typologie classique.

Mais à bien considérer les sphinges d'Ampère, leur couleur bronze vert osirien, leur utilisation en couple, leur caractère composite, tout en fait les héritières d'une double tradition, grecque sans doute, mais aussi égyptienne. Ici la convergence est particulièrement réussie. Mais par le jeu de notre inconscient collectif, c'est bien l'évocation poétisée et sublimée de l'Egypte ancienne qui frappe le passant.


© Cercle d'égyptologie Victor Loret - Responsable : Luc Gabolde / Dernière mise à jour : 12/05/2018 - PAO : C. Bon, P. Laberny.