Cercle Lyonnais d'Egyptologie Victor Loret

Victor Loret (1859-1946)

Quand il naquit à Paris le 1er septembre 1859, rien, dans le cadre familial de Victor Loret, ne préfigurait sa carrière d'orientaliste et d'égyptologue. Son père, Clément Loret, organiste professionnel, comme sa mère, Philippine Colonius, étaient musiciens de talent. Leur fils suivit d'abord leur voie, qu'il ne quitta jamais totalement. À onze ans, la fascination exercée par les tables de signes hiéroglyphiques de la Grammaire de Jean-François Champollion, vues dans l'Histoire ancienne de Victor Duruy, détermina son avenir. En 1875, lycéen suivant un cursus de lettres classiques et les cours du conservatoire de musique, il fut admis comme auditeur aux conférences du Collège de France et aux leçons de Gaston Maspero à l'École pratique des hautes études. Élève diplômé, pratiquant l'arabe et le copte, il aborda en pionnier une voie encore inexplorée de la vaste, mais jeune, discipline égyptologique, celle des recherches sur le paysage antique de l'Égypte, sa flore et sa faune. Développer de telles études était une passion, nourrie de ses curiosités et de ses connaissances botaniques. Elles firent de lui le commensal et le correspondant de célèbres spécialistes de l'écologie de l'Afrique de l'Est, Georg August Schweinfurth puis Ludwig Keimer.

Loret marqua l'égyptologie de la fin du XIXe siècle avec la première édition de sa Flore pharaonique. À la documentation d'ordre lexical et iconographique, il adjoignait les vestiges identifiables issus de l'archéologie. La constante association des sources disponibles est la caractéristique des méthodes de recherche de Loret. Elle résultait de la double formation qu'il acquit en Égypte, à la Mission archéologique française au Caire. Bon connaisseur de textes, il mit tous ses soins, lors de ses campagnes de relevés épigraphiques à la vallée des Rois et dans les tombes privées de la nécropole de Thèbes, à consigner dans ses carnets les termes hiéroglyphiques légendant toutes les représentations d'animaux, de poissons et de plantes. Son beau-frère, Félix Guilmant, en exécuta des aquarelles, les notations de couleur jouant un rôle essentiel dans l'identification des espèces. Botaniste et naturaliste reconnu, il établit à Lyon une solide coopération avec les spécialistes du Muséum d'histoire naturelle, Ernest Chantre, Louis Lortet, André Bonnet, Claude Gaillard, qui fut de ses élèves, et créa les missions en Égypte de ces savants. Leur apportant son soutien constant, il permit la constitution des collections égyptiennes du Muséum lyonnais. Grâce à lui et avec lui, parut un volume sur la faune momifiée du Catalogue général du musée du Caire, suivi des livraisons de la Faune momifiée publiée par le Muséum de Lyon. Durant son mandat à la mission du Caire, aux étapes de ses voyages sur le Nil vers Assouan, il enrichit ses dossiers des textes hiéroglyphiques des temples ptolémaïques et romains contenant des données sur la pharmacopée sacrée, onguents et parfums. Il s'affirma comme un des premiers et des meilleurs ptolémaïsants de la discipline. Son article « Le Kyphi, parfum sacré des anciens Égyptiens » (1887), ou l'opuscule La Résine de térébinthe (sonter) chez les anciens Égyptiens (1949) demeurent des modèles pour ses successeurs. Récemment, on utilisa, en élaborant les Valeurs phonétiques des signes hiéroglyphiques d'époque gréco-romaine, les références de son Manuel de la langue égyptienne (1889). La connaissance du paysage de la vieille Égypte confrontée avec celui qu'il avait sous les yeux, son influence sur les modes d'existence du peuple de la vallée, demeurèrent, sa vie durant, le thème privilégié de ses études et publications. De l'avis unanime de ses auditeurs, l'attrait majeur de ses conférences et de son enseignement en résultait. Seul point faible de son oeuvre novatrice : l'histoire de la religion égyptienne. Peu de ses travaux, d'ailleurs, lui furent consacrés. Ancrées dans les théories primitivistes et totémistes du début du XXe siècle, ses contributions ne sont plus que des témoins d'une recherche à ses débuts, manquant de sources fiables. Mais, philologue subtil, il apporta beaucoup au progrès de la connaissance du lexique égyptien. Pour son enseignement et ses travaux, il rassembla les matériaux d'un dictionnaire de la langue hiéroglyphique, outil de base qui faisait alors totalement défaut. Avec la modestie qui le caractérisait, il jugea inutile d'en envisager la publication quand parurent, en 1932, les premières pages du Wörterbuch der Ägyptischen Sprache. Il ne cessa d'inculquer à ses disciples que sémantique et analyse textuelle n'avaient de résultat que si leur étroit rapport avec l'archéologie était respecté, sur le terrain et au contact des documents neufs issus de la fouille. Quoi qu'aient pu dire ses détracteurs, il démontra la valeur de sa méthode.
En 1897, assumant la direction du Service des Antiquités et des musées, Loret ouvrit, dans la nécropole de l'Ancien Empire de Saqqara, un vaste chantier de fouilles. Des milliers de pièces inédites enrichirent les collections du musée égyptien du Caire dont il avait la charge. Les deux années suivantes, il revint à Thèbes-Ouest. À la vallée des Rois, celui que certains n'estimaient guère comme archéologue procéda avec méthode et finesse à l'exploration des branches sud-ouest de l'ouadi royal, délaissées par ses devanciers. Après, entre autres, l'ouverture de la tombe intacte de Maherprê (XVIIIe dynastie), vinrent deux découvertes majeures : le tombeau « aérien » de Thoutmosis III,
fameux souverain de la XVIIIe dynastie, puis celui de son fils, Aménophis II. Là, dix-huit ans après la première trouvaille de Deir el-Bahari, il eut le privilège de rompre les sceaux de la seconde cache souterraine où les prêtres d'Amon de Karnak avaient abrité, après les pillages sacrilèges de l'an 1000 a. C., les saintes momies de leurs souverains. L'événement remettait en question l'approche qu'avaient les modernes de l'histoire pharaonique. Le bonheur suscité chez Loret par l'apport scientifique essentiel de sa découverte tourna vite à l'amertume. Son ancien maître, réputé être l'inventeur de la première cachette, admit mal que l'élève de jadis l'égale, sinon le surpasse, n'ayant pas apprécié la décision de Jacques de Morgan le faisant nommer à la direction du Service. Celle-ci aurait dû lui revenir de droit. Il ne pouvait donc qu'accueillir défavorablement le mémoire et projet de loi sur la réorganisation de la direction générale des fouilles et des musées en Égypte que Loret, en 1899, présentait aux autorités khédiviales sous tutelle britannique. Une telle loi allait contre ses méthodes et sa conception des fouilles.
Gaston Maspero n'intervint donc en rien pour apaiser la campagne de dénigrement et de calomnie lancée par les jaloux auprès des autorités.
En novembre 1899, on signifia donc à Victor Loret la fin à son contrat. Il dut tout abandonner et rentra en France. La faculté de publier in extenso résultats de ses travaux et conclusions qu'il comptait en tirer ne lui fut pas laissée. Il n'eut que le temps de donner, avec sa rigueur jamais démentie, un clair compte rendu sur la précieuse trouvaille dont il était seul auteur. Ulcéré par l'injustice, il se tut jusqu'à sa mort sur ce triste épisode de sa vie. Contrairement à ce qui fut colporté ensuite, il avait conduit fouille et inventaire de tous les tombeaux retrouvés avec méticulosité et une exactitude scientifique dont peu de ses collègues faisaient alors montre. Preuve en est aujourd'hui administrée avec la publication en cours de ses carnets de notes, plans, dessins et photographies, dont on a écrit récemment qu'ils permettaient de : « reconstruire une sorte de stratigraphie des tombes dans l'état où elles ont été trouvées, pillées par les voleurs et visitées à plusieurs reprises dans l'Antiquité » (Patricia Piacentini, 2006). Justice ainsi enfin rendue à l'égyptologue, on ne saurait oublier qu'il fut aussi le premier à rendre à l'Égypte pharaonique sa place dans l'histoire de la musique antique. Musicien chevronné et talentueux, dont Camille Saint-Saens était l'ami fidèle et le mentor, Victor Loret redonna vie à certains instruments musicaux pharaoniques, souvent oubliés dans les musées.
L'Égypte moderne doit encore à ce passionné d'art musical, qui se fit en son temps ethno-musicologue, un des rares recueils connus transcrivant la mémoire des mélodies et airs de danse du Sud de la vallée, la plupart en voie de disparition de nos jours.

Parmi ses 139 publications, plusieurs ouvrages et études, souvent pionnières, sont devenus des classiques de la discipline :

Jean-Claude Goyon, professeur émérite d'égyptologie

  • Les fêtes d'Osiris au mois de Khoiak, Recueil de Travaux 3, 1882, p. 43-57 ; 4, 1883, p. 21-33 ; 5, 1884, p. 85-103.
  • Le kyphi, parfum sacré des anciens Egyptiens, Journal asiatique, VIIIe sér., t. X, Paris, 1887, p. 76-132.
  • La flore pharaonique d'après les documents hiéroglyphiques et les spécimens découverts dans les tombes, Paris, 1887 (2e éd. 1892).
  • L'Inscription d'Ahmès fils d'Abana, BdE 3, Le Caire, 1910.
  • La résine de térébinthe (sonter) chez les anciens Egyptiens, RAPH 19, Le Caire, 1949.

Le volumineux Dictionnaire hiéroglyphique qu'il avait patiemment réuni tout au long de sa vie ne sera jamais publié.

Avant sa mort, qui survient le 3 février 1946, il lègue à l'Université de Lyon sa très riche bibliothèque autour de laquelle se constituera l'Institut d'égyptologie Victor-Loret.

Lire sa bibliographie.


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Tombe d'Aménophis II (KV35) : momies de la salle annexe lors de leur découverte par V. Loret

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Diverses publications

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